La Mission Locale de Mayotte en immersion à Cenon !

Mercredi 10 Avril, la Mission Locale des Hauts de Garonne accueillait une délégation de sa consœur de Mayotte. C’est avec un immense plaisir que nous avons pu faire découvrir notre équipe, nos locaux et nos pratiques à nos six homologues insulaires.

Après un passage par Poitiers et Pessac début avril, Cenon fut la dernière étape de leur parcours en métropole. L’objectif de la délégation mahoraise résidait principalement dans l’observation des pratiques et la capitalisation d’outils de nos conseillers œuvrant sur le dispositif Garantie Jeunes. En effet, la Mission Locale de Mayotte ne met en place ce dispositif d’accompagnement que depuis janvier 2017, contre septembre 2015 en Gironde. Depuis plusieurs années, les objectifs d’entrées de jeunes dans le dispositif s’accroissent sur l’île. Pour accompagner cette progression, les conseillers Garanties Jeunes sont venus en immersion auprès de notre équipe.

L’île de Mayotte : un contexte particulier

Pour rappel, la population officielle de l’île est d’environ 256 000 habitants. Toutefois, Mayotte est soumis à un contexte géopolitique compliqué, lequel entraine notamment une forte immigration venue des pays voisins. En cela, une part importante de la population n’est pas recensée. Les autorités locales considèrent que les moins de 25 ans représentent environ la moitié de la population de l’île. Vulnérables, ceux-ci sont très vite sujets au décrochage scolaire et aux addictions. Ce contexte social compliqué rend l’accompagnement par la Mission Locale d’autant plus important.

La Garantie Jeunes (GJ) permet notamment un accompagnement plus étroit avec ses bénéficiaires, un moyen de les maintenir au quotidien dans une démarche positive d’insertion. En 2019, l’objectif est de 500 jeunes suivis en GJ sur toute l’île. Un défi de taille qui attend les 67 salariés mahorais. Ils sont répartis en 5 antennes pour être au plus proche de leur public et accompagnent chaque année 14 000 jeunes.

Selon les conseillers, une des difficultés réside dans le nombre limité d’entreprises sur le territoire. Peu d’entreprises signifie peu d’offres. Se dessine alors l’enjeu prépondérant de la mobilité, celle sur le territoire, et celle vers la métropole. Paradoxalement, les possibilités en termes de mobilité sont aussi très faibles : il n’y a pas de transport en commun sur l’île. L’allocation Garantie Jeunes leur sert notamment à réaliser leurs démarches professionnelles car les bénéficiaires sont obligés de se déplacer principalement en taxi. Pour les accompagnements collectifs, un bus est affrété pour venir chercher les jeunes. Concernant la formation, Colo Mohamadi (conseiller GJ) nous explique qu’une partie signifiante des formations sont orientées vers la vente. Pourquoi ? Car c’est un secteur qui attire les jeunes accompagnés. Mais c’est aussi un des secteurs porteurs pour un emploi. Il nuance toutefois : « les formations qualifiantes sont rares ».

Avant l’emploi, les besoins primaires.

Il faut bien comprendre que le rôle de la Mission Locale évolue en corrélation avec les besoins de son territoire. Dans le cas de Mayotte, le public jeune fait face à un déficit -parfois extrême- de confort de vie. En découle un accompagnement qui commence plus en amont pour répondre à des problématiques d’hygiène. Il est vrai, les familles les plus défavorisées vivent dans des bidonvilles sans eau potable, assainissement ni électricité. Comme nous l’explique Colo Mohamadi, les logements sociaux ne sont pas légion. Forts des pratiques de la Métropole, nos invités ont déjà plusieurs idées comme la mise en place d’un pôle santé avec un référent attitré. Aussi, la permanence de médecins au sein des locaux pouvant réaliser des bilans de santé, accompagner sur les mesures d’hygiène ou la distribution de kits d’hygiène serait un réel plus.

L’immersion, un apport indéniable.

De fait, l’expérience acquise par notre structure dans la gestion des groupes GJ depuis 2015 permet d’apporter des pistes d’amélioration. L’immersion des conseillers dans notre équipe en a révélé dès les premiers jours. Ainsi : le suivi individualisé des jeunes après leur passage en groupe collectif permet d’avoir une visibilité sur la suite du dispositif. On pense aussi à la mise en place de projets éducatifs ou la création d’ateliers (notamment sur la participation bénévole d’autres structures). Enfin, l’immersion a permis l’échange d’outils permettant l’amélioration des plannings. Cette expérience, bien que courte dans le temps, a été révélatrice de l’intérêt de partager nos pratiques, tant pour nos invités que pour nous.

Nous avons rencontré des conseillers habités par leur mission, qui parcourent l’île pour aider les jeunes. Notre équipe, parfois abasourdie par les difficultés auxquelles se confrontent les conseillers mahorais, n’a pu s’empêcher de les questionner. « C’est pour mes jeunes, alors ce n’est pas grave » cette réponse, c’est Célestine Lightar qui nous l’a livrée. Elle résume parfaitement le dévouement sans borne dont font preuve ces travailleurs de l’insertion dans un contexte difficile.

Le contact est noué et nous continuerons à échanger sur nos pratiques respectives comme avec nos collègues du réseau des Missions Locales de Métropole.

Un grand merci à eux pour cette rencontre.

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